mercredi 20 février 2019

20ème anniversaire de la mission Soyouz TM-29 Perseus


Ce 20 février 1999, une fusée Soyouz décolle depuis le cosmodrome de Baïkonour. A son sommet, la capsule Soyouz TM-29 décolle avec trois cosmonautes à bord : 

- Viktor Afanassiev, Commandant (3ème vol)
- Jean-Pierre Haigneré, Ingénieur de vol (2ème vol), France
- Ivan Bella, cosmonaute (1er vol, Slovaquie
(Enveloppe décollage signée par l'équipage principal et l'équipage doublure)
L'équipage doublure est composé de :

- Salizhan Charipov (Russie), Commandant
- Claudie Haigneré (France), Ingénieur de vol
- Michal Fulier (Slovaquie)

C'est la première mission spatiale habitée russe qui décolle avec trois cosmonautes de trois pays différents. Pour la France, la mission prend le nom de Perseus et pour la Slovaquie, elle prend le nom de Stefànik.
Les patchs Perseus et Stefanik
Le vaisseau s'arrime à la station spatiale MIR le 22 février après deux jours de vol. Afanassiev et Haigneré compléteront l'équipage MIR-27 avec Sergueï Avdeiev qui est dans l'espace depuis le 13 août 1998. Bella rentrera avec les deux autres membres de l'équipage résident de MIR-26 le 28 février.
Bella avait quatre expériences à exécuter lors de sa mission Stefanik appelée ainsi en hommage à un héros slovaque :  Milan Rastilav Stefànik (1880-1919), astronome, scientifique, pilote de chasse, militaire, ministre, diplomate. C'est un des pères fondateurs de la Tchécoslovaquie (la France lui rendra un hommage philatélique en 2003 lors d'une émission commune ave la Slovaquie).
Ces expériences consistaient à des études sur la mesure et l'interactions des ions lourds des rayonnements cosmique avec différents matériaux qu'ils soient mécaniques ou corpoprels (Dozymetry), à des études sur les hormones endocriniennes et le métabolisme (Endotest), et une expérience sur le mal des transports notamment sur les effets cardio-vasculaires de l'apesanteur avant un vol, pendant un vol (Trenik).

(source : Académie Slovaque des Sciences)
Pour l'expérience SK-6 Prepilica, Bella avait emmené aussi des oeufs de caille du Japon (Cortunix Japanica) dans un incubateur - par le passé, des expériences similaires avec des oeufs d'oiseaux avaient été réalisées sur MIR mais tous les oeufs moururent, et les quelques poussins nés dans l'espace ne se développèrent pas, soit dans l'espace ou après leurs retours sur Terre, et moururent très prématurément.
Les oeufs de caille et les cailles elles-mêmes semblaient un compromis acceptable pour emmener de la nourriture durable dans l'espace lors de vols de longue période (pour aller sur Mars par exemple) : les oeufs et les cailles sont très nutritifs, et ne prennent pas énormément de place.
Après en avoir écrasés 4 (oeufs) lors du transfert des 60 ans de l'incubateur de transport par Soyouz à celui à bord de MIR, les oeufs survivants ont continué de croitre et certains ont éclos (dès le 22 février pour le premier. 36 poussins allaient naitre dans MIR !
Les cailles nouvelles-nées ont été mis dans l'obscurité et une centrifugeuse pour un semblant de gravité et elles ont été nourries à la main par les cosmonautes (d'ailleurs, pour la petite histoire, le SK du nom de l'expérience veut dire Slovensky Kozmonaut 😉) à l'aide d'une suspension pâteuse de farine de blé dans de l'eau pour empêcher la déshydratation, car on s'était aperçu lors des expériences précédentes avec des cailles, que celles-ci à cause de la microgravité ne pouvaient plus boire, et mourraient.
Mais les conditions n'étaient vraiment pas optimales pour une survie et un développement dans l'espace : la centrifugeuse tomba en panne le lendemain de la première éclosion, il faisait trop froid pour les poussins (10-11°), et le fait de ne pas pouvoir se nourrir efficacement, malgré tous le soin apporté par les cosmonautes, firent que seulement 10 survécurent pour revenir sur Terre. Malheureusement, sept ne supportèrent pas le voyage retour, et les trois survivantes, nées dans l'espace, moururent quelques jours plus tard d'affaiblissement et sans se développer davantage.

Jean-Pierre Haigneré n'a pas vraiment eu besoin de s'acclimater - MIR, il connait déjà bien pour y avoir séjourné 20 jours en juillet 2013 lors de la mission Soyouz TM-17 Altaïr.
Sa mission s'appelle Perseus (Persée en latin) qui fait la continuité avec la précédente française chez les russes, celle de Léopold Eyharts, qui s'appelait Pégase et qui était chevauché par Persée, mais aussi parce que la Constellation Persée est proche de la Constellation Cassiopée, en référence à la mission de Claudie André-Deshays qui s'appelait ainsi - et étant mariés tous les deux. 
Le logo de la mission représente le bouclier du héros de la mythologie grecque symbolisant le casque d'un cosmonaute.
(il est à noter qu'Andromède, le nom de la seconde mission de Claudie Haigneré en 2001, est la fille de Cassiopée sauvée par Persée des griffes du dragon à laquelle elle avait été offerte).
Le programme du français qui doit voler 6 mois à bord de MIR, le premier véritable vol très longue durée d'un français, sera dans la continuité des vols précédents (Aragatz, Antares, Alta¨r, Cassiopée, Pégase). Il est également prévu plusieurs liaisons radio-amateur avec la radio dans le module Priroda.
Pour occuper une partie de son temps libre, Jean-Pierre Haigneré à emmener dans ses bagages un De la Terre à la Lune de Jules Verne et son saxophone (soprano courbe).
(édition de 2002 avec préface de Jean-Pierre Haigneré)
(le saxophone utilisé dans MIR est exposé à La Cité des Sciences à Paris)
Et aussi quelques plats cuisinés spécialement pour lui et ses compagnons de voyage, comme ce riz au caramel confectionné par le Lycée Hôtelier de Souillac (33) qu'il avait emmené spécialement pour le manger à son arrivée (son retour) sur MIR.
Il fera aussi de nombreuses photos de la Terre (avec une série sur la couverture nuageuse terrestre)
Lancé le 2 avril, le vaisseau de ravitaillement Progress M-41 s'amarre à MIR le 4 et délivre près de deux tonnes de nourriture, eau, matériels (dont des expériences pour Jean-Pierre Haigneré), et 14 lézards (pleurodèles) vivants dans le cadre de l'expérience franco-russe Genesis (fécondation, étude sur différents états embryonnaires et larvaires, puis et récupération des oeufs et étude de la croissance après la naissance en l'absence de gravité, puis retour sur Terre pour certains d'entre eux - pour faire suite à l'expérience Fertile de la mission Cassiopée). 
*Le Spoutnik-99, satellite de radio-amateur destiné à être placé dans l'espace lors d'une EVA est également livré par le Progress.

Le détail de toutes les expériences conduites par Jean-Pierre Haigneré se trouve dans les 2 livrets du dossier de presse du CNES (Physiolab, Cognilab, Genesis, Alice II, Comet, Castor, Spica, Exobiologie, WSG/Titus, BSMD/Mirsupio, expériences pédagogiques)
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Première EVA de la mission

Le 16 avril est effectuée la 1ère EVA de la mission, avec Viktor Afanassiev et Jean-Pierre Haigneré - elle va durer 06h19 minutes et s'effectue en combinaison Orlan. Elle consiste à envoyer à la main le Spoutnik-99, par Jean-Pierre Haigneré, puis les deux hommes installeront de nouvelles expériences sur les parois extérieures de la station spatiale MIR après avoir récupéré celles mises en place précédemment lors de la mission précédente.
Pendant la nuit du 9 juillet, il semble que le système d'alimentation électrique du module Priroda soit tombé en panne mettant hors d'état de marche les ventilateurs, les appareils d'expérimentation, la radio- amateur de ce module. Mais l'équipage aurait réglé le problème rapidement.
Progress M-42, un nouveau vaisseau ravitailleur s'amarre le 18 juillet après 48 h de voyage.
Il transporte environ 2,5 tonnes de vivres, eau, vêtements, expériences, un système de guidage automatique de la station pouvant être contrôlé depuis le centre de contrôle (Tsoup) car la station sera inhabitée entre fin août 1999 et avril 2000 (départ de TM-29 et arrivée de TM-30),, et une nouvelle antenne réflecteur (de test) qui doit être placée à l'extérieur sur une des poutres (pour tester l'ingénierie du déploiement de celle-ci afin que dans un futur proche, elle puisse être installée sur des satellites).
Le Progress restera arrimé jusqu'au 2 février 2000 avant de se consumer dans l'atmosphère le même jour.

Deux sorties extravéhiculaires compliquées

Le 23 juillet, c'est la 2ème EVA, avec Viktor Afanassiev et Sergueï Avdeïev pour installer l'antenne réflecteur apporté par le Progress M-42 quelques jours auparavant.
Cette EVA de 06h07 ne se passe pas vraiment comme prévue : l'antenne de 6 mètres de diamètre (qui était placé dans un container de 100x60 cm) refuse de se déployer totalement et correctement, les deux cosmonautes n'arrivent à récupérer certaines expériences à l'extérieur (Exobiology et Divkon), et pour couronner le tout, le système de régulation de chaleur de la combinaison d'Afanassiev fait des siennes avec un filtre qui a surchauffé, entraînant un retour un peu précipité des deux cosmonautes.
Les deux hommes ne s'avouent pas vaincus, et au cours de la 3ème et dernière EVA de cette mission, qui va durer 05h22 ce 28 juillet, ils réussissent à déployer complètement l'antenne qui répondait aux ordre par télécommande donnés du sol. L'antenne fut testée plusieurs fois, avec succès, et à la suite de quoi, elle fut déconnectée, débranchée, décrochée de MIR pour aller brûler en rentrant dans l'atmosphère : les scientifiques géorgiens qui avaient conçu cette antenne parlèrent d'elle après son décrochage de MIR, en plaisantant, comme du 1er Spoutnik géorgien 😉

Comme une immense salissure

Le 11 août, l'équipage assiste à une éclipse totale du Soleil (la fameuse éclipse du 11 août 1999 en France et en Europe) en suivant l'ombre de la Lune sur la Terre, que Jean-Pierre Haigneré compare à << j'ai réalisé que je commençais à apercevoir cette tâche sombre, d'un noir approximatif, aux contours mal définis, comme une immense salissure laissée sur le blanc très pur des nuages. Elle a défilé tranquillement de droite à gauche devant le hublot, comme dans un panoramique de cinéma, sans nous laisser vraiment le temps d'analyser nos perceptions, accaparés que nous étions par les prises de vue. En moins de 2 minutes, elle avait disparu en laissant un certain malaise. >>
Mon article sur l'éclipse du Soleil en France du 11 août 1999 en cliquant ICI.
Le 28 août 1999 (heure de Moscou), et après avoir mis hors tension MIR et l'avoir mise en dérive libre, l'équipage de Soyouz TM-29, le dernier équipage résident permanent à cette date depuis 1989 , se désarrime de MIR et revient sur Terre le même jour au Kazakhstan.
Le retour ''est sportif'' et laisse Jean-Pierre Haigneré fatigué et déshydraté (et un peu pâle).

Un petit film du CNES sur cette mission :
Viktor Afanassiev et Jean-Pierre Haigneré viennent de passer 188 jours 20 heures 16 minutes dans l'espace.
Sergue¨Avdeïev vient lui de passer 379 jours 14 heures 31 minutes dans l'espace et devient le nouveau recordman de temps cumulé dans l'espace avec 747 jours 14 heures 11 minutes en 3 vols.
Jean-Pierre Haigneré sera lui le recordman français de temps passer dans l'espace jusqu'en 2017 où il sera dépassé par Thomas Pesquet.
Jean-Pierre Haigneré écrira trois ouvrages où cette mission est relatée et bien décrite, avec beaucoup de photos.
Article complet sur ses livres ICI.
Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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CNES - Roscosmos
Académie Slovaque des Sciences
Ivan Bella (correspondance 2001 et conférence 2012)

dimanche 10 février 2019

Le Hawker Hunter Mk.58 J-4099 du Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget / Claude Nicollier


Le Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget (qui fête ses 100 ans cette année) abrite, parmi les quelques 350 appareils de ses collections (réserve comprise) un Hawker Hunter Mk58 de l'Armée de l'Air suisse immatriculée J-4099.

(Le Hawker Hunter Mk-58 J-4099 vu en 2009 sur le tarmac du Musée)
Cet appareil a une particularité que peu de visiteurs savent : il a été piloté par Claude Nicollier, premier et actuellement toujours le seul astronaute suisse.

Le Hawker Hunter est un avion de chasse britannique qui a effectué son premier vol en 1951 et est entré en service en 1954.

En 1957, l'Armée de l'Air suisse (les Forces Aériennes Suisses) commence à chercher un nouveau chasseur pour remplacer ses Vampire vieillissants. Plusieurs candidats sont en lice : le Follant Gnat, le F-86 Sabre et Hawker Hunter. C'est ce dernier qui gagne la compétition. La Suisse passe une commande de 100 appareils.

Ce sera la version améliorée Mk.58 qui sera livrée.

La Suisse utilisera quelques 160 Hunter jusqu'au 16 décembre 1994, date de leur retrait du service actif. La Patrouille Suisse, l'équipe de démonstration en vol des Forces Aériennes Suisses a utilisé également le Hawker Hunter Mk.58 jusqu'en 1994.

A la fin de sa carrière, la Suisse donna 31 appareils à des musées dont celui-ci qui est donc maintenant au Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget. Il arriva au Bourget, en vol, le 13 décembre 1996.
Quelques autres Hunter furent offert à des forces aériennes amies (12 exemplaires).

Quelques 2 000 exemplaires (toutes versions confondues) du Hawker Hunter ont été construits et quelques uns volent encore - des baptêmes de l'air existent en Suisse notamment.

Pour revenir à l'exemplaire conservé au Musée de l'Air et de l'Espace, le J-4099, il est donc arrivé en vol le 16 décembre 1996 au Bourget.


Et il a donc la particularité d'avoir été piloté par Claude Nicollier, le premier astronaute suisse. Si, si... et on le sait car c'est marqué dessus.


Claude Nicollier est astrophysicien. Sélectionné en 1978 comme astronaute par l'Agence Spatiale Européenne (ESA) dans son premier groupe de sélection et à l'origine pour le programme Spacelab.
Il sera le premier non américain à devenir Mission Specialist et volera 4 fois avec la navette spatiale (4 navettes différentes) : STS-46 en 1992, STS-61 (pour Hubble) en 1993, STS-75 en 1996 et STS-99 (pour Hubble) en 1999.
Claude Nicollier est le premier suisse dans l'espace (et toujours le seul actuellement) et il a passé en tout 42 jours 12 heures 03 minutes dans l'espace.


En 1966, Claude Nicollier entre dans les Forces Aériennes Suisses comme pilote de milice et pilotera des Northrop F-5E Tiger et des Hawker Hunter, dont celui du Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget.


L'appareil se trouvait sur le tarmac jusqu'en 2013 puis lors de l'installation du Salon du Bourget 2013, il est parti aux réserves du Musée à Dugny où il se trouve toujours. On peut donc le voir seulement lorsque les réserves sont visibles du public, en général une fois par an lors des Journées du Patrimoine. Ce qui est bien, comme cela il est à l'abri car le marquage commençait à s'effacer.

Crédit + Photos : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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