L’éclipse totale du Soleil du 11 août 1999
vue par
Jean-Pierre Haigneré depuis MIR
Le
11 août 1999, lors de l’éclipse totale du soleil au-dessus de la France, l’astronaute
français Jean-Pierre Haigneré est à bord de la station spatiale MIR pour la mission Soyouz TM-29
Perseus – la première mission (très) longue durée dans l’espace pour un
français (il décolle le 20 février et revient sur Terre le 28 août 1999 après 188
jours dans l’espace).
Il
a pu observer cette éclipse – il a témoigné dans Le Figaro du 17 août 1999 !
UN DOIGT SOUILLE SUR UNE ROBE BLANCHE
<< Ainsi,
nous avons vu ce que jamais regard d’homme n’avait encore pu contempler : ce
spectacle étrange qu’est la trace laissée sur la Terre par une éclipse solaire.
Prévenus de longue date, nous avions bien préparé notre affaire. Appareils
photos, caméra vidéo et autres appareils numériques étaient installés à tous
les hublots disponibles. Viktor, depuis le module Kvant 2, et moi dans Priroda,
étions prêts à mitrailler en direction de la Terre, tandis que Sergueï dans
Kristal disposait d’un appareil muni de filtres spéciaux et devait s’attaquer
au Soleil. Nous nous attendions tous à un spectacle encore plus exceptionnel
que celui de notre quotidien sans pour autant bien savoir ce que nous allions
observer. >>
NOIR APPROXIMATIF
<< C’est
Viktor qui, le premier, a annoncé le phénomène. Tout de suite après, sur ma
droite, j’ai réalisé que je commençais moi aussi à apercevoir cette tâche
sombre, d’un noir approximatif, aux contours mal définis, comme une
immense salissure laissée sur le blanc très pur des nuages. Bien que difficile
à localiser à cause de ces derniers, la trace de l’éclipse se trouvait alors
quelque part sur la Manche. Elle a défilé tranquillement de droite à gauche
devant le hublot, comme dans un panoramique de cinéma, sans nous laisser
vraiment le temps d’analyser nos perceptions, accaparés que nous étions par les
prises de vue. En moins de deux minutes, elle avait disparu en nous laissant un
certain malaise. >>
<< Je
ne saurais mieux décrire cette impression étrange qu’en disant que cette tâche
paraissait incongrue, tant son absence d’esthétisme tranchait avec nos visions
habituelles de la Terre. Incongrue comme la trace qu’un doigt souillé de
cambouis aurait laissée sur la robe d’une jolie dame, au niveau de ses
rondeurs. Une robe dessinée, disons, par Christian Lacroix, la magnifique trame
des nuages ce jour-là rappelle étrangement la richesse des broderies utilisées
par le maître. L’orbite suivante, 90 minutes plus tard, il était encore possible
de l’apercevoir au loin, près du Pakistan, mais pour la dernière fois et avant
bien longtemps. >>
Crédit :
Le Figaro
Collection Stéphane Sebile /
Spacemen1969
Space Quotes – Souvenirs d’espace.jpg)

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