lundi 14 septembre 2015

La collection de cartes (Trading Card) Jets Rockets Spacemen de Bowman Gum, Inc.


JETS ROCKETS SPACEMEN
Nous sommes en 1951 au Etats-Unis. La télévision commence à peine à prendre possession des foyers américains et la plupart des gens écoutent la radio, lisent des livres. La science-fiction est en plein essor. Nous sommes en pleine guerre froide et l’espace, le voyage spatial commence à montrer le bout de son nez.

C’est une période où beaucoup de personnes ‘’croient ou veulent croire’’ en une vie sur d’autres planètes, même dans notre système solaire. Les revues illustrées et non illustrées de science-fiction font un tabac depuis les années 1930.

C’est aussi une période où les jeunes collectionnent beaucoup les cartes (les fameuses trading cards / trade cards), principalement de sport.
A l’origine, ces petites cartes étaient essentiellement publicitaires et les premiers usages remontent au 18ème siècle aux USA et on les trouvait dans les premiers paquets de cigarettes. Puis à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, l’usage s’est étendu à la collection et donc on pouvait les échanger (trade). Et collectionner les Trading Cards est une véritable institution chez nos amis américains (chez nous, on a les albums autocollants).
Il existe des cartes pour tous les thèmes possibles et presque imaginables – les plus prisées sont celles de sports et de séries télévisées. Il y a un véritable marché et certaines d’entre elles valent plusieurs milliers de dollars.
On trouvait et on trouve toujours ces cartes dans des paquets vendues seules, ou avec des magazines et des produits d’alimentation, notamment avec le Bubble Gum (différent du chewing-gum).
On a même des catégories spéciales de cartes réservées aux gens, comme Magic que beaucoup connaissent certainement.
Parmi les marques les plus connues, il y a Topps, Bowman et Panini (qui ne font pas que des cartes autocollantes).

Bowman Gum est une société de Philadelphie qui a commencé à commercialiser du Bubble Gum dans les années 1920 sous le nom de Gum Inc. Elle a été fondée par Jacob Warren Bowman, et est devenu le plus gros vendeur de ‘’penny bubble gum’’ aux Etats-Unis dès 1929 – le fameux Blony Bubble.
Le produit était le plus gros pour un penny et cela a explosé les ventes. Le succès a été tel qu’en 1937, la marque vendait 60% des bubble gum aux Etats-Unis.
En 1938, Gum Inc, émet sa première série de Trade Cards – ce sera l’histoire de la seconde guerre sino-japonaise, qui avait pour titre ‘’Horrors of war’’, série surnommée ‘’War Gum’’ par les enfants.
Elle continuera de proposer des cartes, des séries sports cette fois – ‘’Play Ball’’ – jusqu’à l’entrée en guerre des USA en 1941. Elle ne reprendra ces activités de cartes qu’en 1948 où la société deviendra Bowman Gum. Et en 1956, la société est rachetée par son concurrent direct, Topps Chewing-gum (nous reviendrons sur les cartes Topps dans un autre article).

C’est en 1951 que Bowman Gum décide de sortir une collection de cartes, mais qui s’inspire cette fois du voyage spatial – ce sera la célèbre collection Jets Rockets Spacemen. Et on la trouvera (du moins une carte à la fois) dans chaque paquet de Bowman Gum Spacemen à 1 cent – on imagine aisément la taille du morceau de bubble gum quand on sait que chaque carte mesurait environ 5x7 cm.
Le succès de cette série extrêmement imaginative est immédiate – elle répond tout à fait à ce que les gens imaginaient des futurs voyages spatiaux (un peu à la Flash Gordon).

C’est la société publicitaire George Moll (à qui l’on doit déjà la célèbre série de cartes en 1938 : Horrors of War, mentionnée plus haut) qui se charge des illustrations et c’est Gordon Palmer qui écrit l’histoire. Elle est d’une imagination débordante et superbement illustrée.

On peut y lire sur 108 cartes (une première série de 1 à 36 puis une autre de 37 à 72 et une dernière de 73 à 108) de 5x7 cm environ, les aventures du Capitaine Argo, du Dr Zara et de l’équipage du vaisseau 6X52 à travers un voyage spatial qui les mèneront jusqu’à Pluton (découverte 21 ans auparavant).
Ils croiseront de multiples obstacles pendant leur périple dans notre système solaire, comme des pluies de météorites, des pirates de l’espace, des crapauds géants hypnotiseurs, des insectes géants et répugnants, des hommes-mantes, des animaux fantastiques, des batailles de vaisseaux, des monstres comme des tigres aux dents de sabre, etc… laissant peu de répits à l’équipage.
Nous sommes également à l’âge d’or du Jet et donc, il est tout à fait normal d’en trouver certains – même non spatiaux – dans cette série afin de plaire encore plus au jeune public (cartes 34 à 39 et 106 à 108).
Ils utiliseront les meilleurs moyens de réaction pour se déplacer et passeront de planète en planète en peu de temps – les jeunes ont adorés Jets, Rockets, Spacemen, et la narration à la première personne y est certainement pour beaucoup.

A partir de la carte 73, l’équipage change de vaisseau – ce sera le 6X53 – et partira vers le système solaire de Sirius, où une nouvelle fois, ils seront confrontés à plein de dangers et d’aventures.

Apparemment, il devait y avoir cinq séries de 36 cartes (soit 180 / on trouve à la carte 105 que l’histoire continue à la 112), mais il n’y en a eu que trois de publiées. Certains collectionneurs de la série pensent qu’il ne devait y en avoir cinq et que la quatrième a été perdue avant d’arriver chez l’imprimeur (et à l’époque, il n’y avait pas de sauvegarde informatique) obligeant Bowman Gum a s’arrêter à trois.
D’ailleurs, la cinquième série, du moins le projet, avait été retrouvé par des collectionneurs en 1980, et ceux-ci éditèrent un jeu de cartes numérotées de 145 à 180 (tirage limité à 2 000 sets).

Ces cartes sont très colorées, très illustrées, et elles ont marqué l’imagination de beaucoup d’enfants. Il n’y avait pas seulement que le dessin, qui était sur une face, mais il y avait aussi le texte au verso, très simple en apparence, mais qui marquait les esprits aussi bien que le visuel.
Cela explique le véritable engouement pour ces cartes aujourd’hui.
Bowman a fait un retirage spécial en 1955 où les cartes étaient de texture laminée (opération purement financière de l’entreprise). Celles-ci sont extrêmement difficiles à trouver dans un état superbe.

En 1985, une réédition a été faite par la société WTW, mais elle n’avait pas la même qualité que l’édition originale. Les cartes se présentent, soit sous forme de petits paquets individuels, soit sous la forme d'un set entier de 108 cartes.
(Sachet individuel de la réédition de 1985)
Ces cartes se trouvent très facilement encore, à des prix abordables en condition moyenne (car en condition superbe, les prix s’envolent). On peut trouver le set complet d’origine aux alentours deux à trois centaines de dollars (en cherchant bien) – en condition moyenne cela s’entend. Ou faire comme moi, en les trouvant une à une à des prix très très abordables (malgré les frais de port), et en étant patient !
La 2ème série (celle de 37 à 72) est un peu plus difficile à trouver même en état moyen (d’ailleurs les cartes 37 et 40 en état superbe sont de véritables raretés).
Bien sûr, les cartes 1 et 108 sont aussi très demandées et donc plus rares.
La carte 91 est aussi recherchée car elle représente un joueur des Cleveland Indians – son identité entraîne encore beaucoup de spéculation mais la plupart des collectionneurs penchent pour Larry Doby (1923-2003).
La réédition de 1985 peut se trouver à moins de 10 euros frais de port compris en cherchant un peu.

On trouve très difficilement ces cartes dans leurs paquets d’origine (1 cent et 5 cent) non ouverts.

Je n’ai pas encore la collection complète en bon état, mais je vous propose un petit tour du système solaire et au-delà, avec Jets, Rockets, Spacemen.

Crédit : Collection Spacemen1969 / Stéphane Sebile
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             Merci à Jeff F. d'Alexandria pour le prêt de certaines pièces
(il arrive que l'image soit floue car j'ai laissé certaines cartes en excellent état dans leur étui protecteur lors du scannage de celles-ci)
(la carte n°2 malheureusement avec un verso illisible)


mardi 8 septembre 2015

20ème anniversaire de la mission STS-69


Nous célébrons aujourd'hui le 20ème anniversaire de la mission STS-69 qui voit s'envoler la navette spatiale Endeavour avec 5 astronautes le 7 septembre 1995 :

- David Walker, Commandant (4ème vol)
- Ken Cockrell, Pilote (2ème vol mais premier en pilote - il a volé auparavant comme Mission Specialist sur STS-56)
- James Voss, Mission Specialist (3ème vol)
- James Newman, Mission Specialist (2ème vol)
- Michael Gernhardt, Mission Specialist (1er vol)
Cette mission est un mission très intense avec un programme très chargé avec le second vol de l'expérience WSF-2 (Wake Shield Facility-2) qui a été déployé avec le bras robotique de la navette. D'un diamètre de 3,60 mètres une fois ouvert, cette expérience testait plusieurs composants électroniques et des fibres spéciales pour des usages commerciaux dans la téléphonie, la télévision, les processeurs informatiques, la fibre optique, etc... Une fois les tests terminés, WSF-2 a réintégré la soute de la navette.

Il y a eu également l'expérience Spartan 201-03, qui consistait à larguer à proximité de la navette une sorte de petit satellite cylindrique qui devat mesurer les interactions entre le soleil et le vent solaire chargé de particules. Il a aussi été réintégré à la fin de la mission.

Il y a eu également une EVA qui consistait à tester des procédures pour la future station spatiale internationale ainsi que de tester les nouvelels combinaisons spatiales pour ces EVA. James Voss et Michael Gernhards effectuèrent cette EVA qui dura 06h46. C'est lors de cette mission que nous retrouvons des images qui seront les plus belles des EVA du programme navette - des photos de Michael Gernhardt qui seront très souvent reprises, dont celle ci-dessous.
(EVA de Michael Gernhardt)
(EVA de James Voss)
Il y a également d'autres expériences à bord.

Pour l'anecdote, l'équipage était le second ''Dog crew''. Cette tradition initié par Walker et Voss lors de STS-53 consistait à l'équipage à adopter le nom ou le surnom d'un chien.
David Walker était ''Red Dog'', Ken Cockrell était ''Cujo'', James Voss était ''Dog Face'', James Newman était ''Pluto'' et Mike Gernhardt était ''Under Dog''.
Un patch spécial a même été conçu - le patch original aujourd'hui très recherché des collectionneurs.
(On voit le patch sur l'épaule de James Newman lors de son arrivée au KSC avant son décollage)

Une autre anecdote concerne James Voss qui se verra remettre ses galons de Colonel directement dans l'espace.

L'équipage rentre sur Terre à Cape Canaveral le 18 septembre 1995 après une mission de 10 jours 10 heures et 28 minutes dans l'espace.

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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dimanche 6 septembre 2015

L'incendie à Brooks AFB du 31 janvier 1967


Parfois, on découvre certaines choses, certaines histoires par hasard.
J’ai acquis un lot de photos de presse des années 1960, et pendant que les nettoyais et les scannais, une de ces photos m’a interpellée. Elle montrait le visage d’un jeune militaire, Richard G. Harmon. La légende indiquait qu’il était mort dans l’incendie d’une ‘’space cabin fire’’ en 1967.

Après quelques recherches et quelques mails échangés, je vous propose l’histoire de ce jeune homme, enfin je devrai dire de ces jeunes hommes, car ils étaient deux.


Incendie à Brooks AFB du 31 janvier 1967

Mardi 31 janvier 1967, deux militaires de l’US Air Force trouvent la mort dans l’incendie de la chambre à pression de la base Brooks AFB de San Antonio dans le Texas.
Il s’agit du 2ème Classe William F. Bartley, Jr (airman 2/C) originaire d’Indianapolis et du 3ème Classe (airman 3/C) Richard G. Harmon, originaire d’Auburn – les deux hommes avaient 20 ans.
Ce même jour, sont enterrés Gus Grissom, Edward White et Roger Chaffee, tous trois membres d’Apollo 1 et morts quatre jours auparavant lors de l’incendie de leur capsule pendant une simulation au sol.

Brooks AFB était un des centres clés de la recherche en médecine spatiale dans les années 1960 et 1970 pour l’US Air Force School of Aerospace Medecine (USAFSAM). Un bâtiment spécial y était dédié, le Building 160 ou Altitude Laboratory. Une partie du programme médical Gemini-MOL s’y déroulait. Brooks AFB a continué d'accueillir l'USAFSAM jusqu'en juin 2011, date à laquelle à la été transférée sur la base de Wright-Petterson à Dayton dans l'Ohio.

Lors d’une expérimentation dans la chambre / caisson à pression (caisson hyperbare) du Building 160 de la base, un incendie s’est déclenché avec une déflagration, dans un environnement concentré à 100% d’oxygène pur.
Cette expérience consistait à étudier le comportement de 16 lapins dans cette chambre à 100% d’oxygène pur, et qui avait une pression intérieure équivalente à une altitude de 6 000 mètres.
L’expérience devait durer 60 jours – l’accident a eu lieu le deuxième jour.
Les deux militaires effectuaient des prises de sang sur les lapins lorsqu’un incendie s’est brutalement déclenché – on parle de flash fire – et il a entièrement embrasé l’intérieur de la chambre.

Les deux hommes, brûlés à 95% de leur corps, ont été extraits de la cabine moins de 5 minutes après le début de l’incendie, et sont morts peu de temps après malgré les soins apportés sur place par les équipes médicales.
(Photos des deux hommes parues dans plusieurs journaux) 
Cet accident, similaire à celui de la capsule Apollo 1 qui s’était déroulé 4 jours plus tôt au Kennedy Space Center, a mis cruellement en lumière les dangers inhérents aux simulations effectuées sous un air à 100% d’oxygène pur.

La NASA avait déjà eu quelques incidents et accidents lors de simulations à 100% d’oxygène pur durant le programme Mercury et Gemini, ainsi que l’US Air Force et l’US Navy (objets d’un prochain article). Des recommandations avaient même été faites afin de changer la composition de l’air respirable dans les capsules, mais comme il n’y avait pas eu d’accident en vol, la NASA avait mis de côté cette solution, qui était à la fois coûteuse et complexe.
L’avantage de l’oxygène pur est qu’il ne faut qu’un seul réservoir de stockage seulement et un système d’exfiltration de l’air plus simple qu’un air mélangé en oxygène et azote. De plus, cela était plus simple au niveau des pressions des capsules avec de l’oxygène pur.

Richard G. Harmon était né le 17 novembre 1946 à Auburn (NY). Les journaux locaux ont beaucoup parlé de cet enfant du pays, dont le père était une personnalité locale importante – il était le receveur principal (surintendant) de la poste d’Auburn.
Le Congressman d’Auburn, Samuel S. Stratton, s’est investit à plusieurs reprises dans l’enquête chargée de déterminer les causes de cet accident. Les élections approchant, ce congressman a aussi profité de cette tragédie et de celle d’Apollo 1 pour ce faire un peu de publicité.
Il a déclaré par l’intermédiaire d’une lettre publique adressée aux responsables de l’enquête ceci : ‘’C’est parce que l’US Air Force joue un rôle primordiale dans le programme spatial américain – notamment avec le programme MOL (qui n’était pas encore abandonné = ndlr) – je pense qu’il est de notre responsabilité, et aussi celle du comté, de comprendre cet accident et ce qui a causé celui-ci, et de comprendre les effets désastreux de l’oxygène pur dans cet incendie, et d’assurer à tous les américains que tout sera fait pour que cela ne se reproduise plus. Nous ne pouvons perdre de vue que ces trois astronautes qui sont morts dans des circonstances similaires étaient aussi des militaires, et c’est notre propre responsabilité d’assurer la sécurité de tous les militaires.’’

Le 1er février 1967, l’US Air Force décide d’arrêter temporairement toute utilisation d’oxygène pur à 100% dans ses essais. La NASA, quand à elle, reste très silencieuse à ce sujet, et la seule déclaration qui sera faite, est d’attendre les premiers résultats de l’enquête.


Le 22 février 1967, un rapport d’enquête est donné concernant l’incendie de Brooks AFB.
Le voici résumé d’après sa publication du 25 février dans le journal local de la ville d’Auburn :

- L’expérience avec les lapins consistait à les mettre sous différentes pressions simulant différentes altitudes et de faire des prélèvements sanguins afin d’examiner les globules rouges (étude sur la décalcification osseuse chez les pilotes et astronautes).
- Le caisson / chambre à pression mesurait 3,65 mètres de long sur 1,50 mètre de large.
- La simulation devait durer 30 minutes (expérience de 30 minutes / jour) sous oxygène pur à 100%
- Il y avait un sas entre la chambre et la porte de sortie de 1 mètre environ.
- La porte avait été modifiée en 1962 après un incendie qui n’avait pas fait de victime.
- Du téflon (matière ininflammable) recouvrent les parois de cette chambre.
- Des extincteurs ont été placés à proximité de la porte d’entrée, qui elle-même, possédait une vitre pour une observation extérieure.

L’incendie s’est déclenché 5 minutes après l’entrée des deux hommes à l’intérieur du caisson alors qu’ils procédaient au ramassage de l’urine et nettoyaient les excréments dans les cages des lapins – le nettoyage s’effectuant à l’aide de lingettes en coton ainsi que des éponges et des brosses.

Un troisième homme était à l’extérieur au niveau de la console de commandes. Il n’a entendu aucun cri annonçant l’incendie – il a juste entendu un ‘’clang’’ qui lui a fait pensé au bruit d’une cage qui tombe, ainsi qu’un bruit sourd.
Il sort alors de la salle de contrôle pour voir par la fenêtre du caisson. Il voit des flammes et crie ‘’Au Feu’’, et retourne à la console pour purger l’oxygène du caisson et redonner une atmosphère normale. Il était impossible d’ouvrir la porte à cause de la pression qui y régnait, équivalente alors à 6 000 mètres d’altitude.
Un autre homme se saisit d’un extincteur et commence à le vider sur la porte afin qu’elle ne soit pas trop chaude lorsque l’on pourrait ouvrir celle-ci.

L’enquête détermina que l’incendie avait été probablement causé par les lamelles du système d’air conditionné qui se trouvait sur le caisson. Un encrassage dû à la graisse et les saletés accumulées sur ces lamelles ont fait que celles-ci ont été échauffées et que l’oxygène pur a été le facteur aggravant ce jour-là, déclenchant l’incendie qui allait tuer Bartley et Harmon.


Le rapport pointe du doigt neuf dysfonctionnements majeurs :

1) Aucune prévention, instructions ou procédures contre un incendie accidentel. Seul un panneau indiquait ‘’Ne pas entrer avec des allumettes ou un briquet’’. D’ailleurs, personne n’a demandé aux deux hommes qui étaient rentrés s’ils avaient des objets dangereux.
2) Même si on savait qu’il ne fallait pas rester plus de 30 minutes, il n’y avait personne pour les surveiller, vérifier le temps, ni aucune caméra.
3) Même si on peut comprendre que des limitations de poids et des contraintes techniques pouvaient imposer ce choix de 100% d’oxygène pur, cela ne devrait pas s’appliquer aux simulations au sol, et donc le choix de l’usage d’oxygène pur est malvenu.
De plus, les deux hommes ne portaient pas de chaussures, ni de tenues adaptées spécialement pour un travail sous oxygène pur, et les cages n’étaient pas non plus en matériaux spéciaux.
4) Brooks AFB avait pourtant reçu une étude/rapport d’Atlantic Research Corp (ARC) en août 1965, indiquant que les éponges utilisées (et encore utilisées en ce funeste jour de 1967) avaient 60 fois plus de chance de prendre feu en saturation d’oxygène pur qu’en air normal. On n’a retrouvé aucunes des éponges utilisées après l’incendie, elles avaient été toutes consumées.
5) Pas d’entraînement spécifique à l’extinction d’un feu malgré les recommandations déjà données par ARC dans son rapport de 1965.
6) Pas d’extincteurs automatiques et/ou manuels à l’intérieur du caisson, toujours malgré les recommandations de l’ARC, alors que ce système avait été mis en place dans la plus grande des chambres à pression de Brooks AFB.
7) Les deux hommes sont entrés avec un type de brosse susceptible de déclencher de l’électricité statique.
8) Les vêtements des deux hommes n’étaient pas adaptés. Les uniformes en coton utilisés brûlent 30 fois plus vite sous oxygène pur qu’en atmosphère normale. La chaleur brûle l’intérieur des uniformes et brûle donc la peau.
9) Malgré les recommandations de l’ARC, aucune étude sérieuse concernant la combustion des matériaux sous oxygène pur n’a débuté.


Le rapport fait le rapport entre l’accident de l’équipage d’Apollo 1 et celui-ci qui lui est très similaire :

1) Dans les deux cas, les incendies ont été très intenses par endroits et très modérés à d’autres.
2) Dans les deux cas, la température à certains endroits est montée à plus de 1 500° C, allant parfois à 2 000° C.
3) Dans les deux cas, les papiers retrouvés près des ‘’points chauds’’ ont été retrouvés brûlés de manière similaires.
4) Dans les deux cas, il y avait le même type d’éponge utilisée.
5) Dans les deux cas, les tenues portées par les hommes ont été brûlées.
6) Dans les deux cas, les températures les plus extrêmes ont été observées près des arrivées d’oxygène.
7) Dans les deux cas, on a retrouvé des traces d’usures et de craquelures de certains matériaux causées par l’utilisation de l’oxygène pur à différentes pressions.

Le Building 160 a été renommé Harmon Bartley Altitude Laboratory en hommage.

William F. Bartley Jr est enterré au Crown Hill National Cemetery d’Indianapolis (Marion County).
Richard G. Harmon est enterré au Saint Joseph Catholic Cemetery d’Auburn (Cayuga County).

Concernant les accidents antérieurs avec l’oxygène pur, je ferai un article prochainement.


Sources et crédits : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
                               Space Quotes – Souvenirs d’espace
                               Historic American Buildings Survey
                               Brooks AFB History
                               Iowan Daily
                               Citizen Advertiser Auburn
                               Daily Illini