Un Jour - Un Objet Spatial / reprise
n° 00163 du 5 novembre 2018
(50 ans 1er vol - 2 juin 1976)
Enveloppes vols Mini-ALT de
1976
John W. Kiker
Cette série d'enveloppes
commémorent une étape importante du programme de la navette spatiale et qui est
très méconnue : les tests Mini-ALT qui vont valider le concept de transport
d'une navette spatiale sur le dos d'un avion-porteur, ce sera le Boeing SCA
(Shuttle Carrier Aircraft) afin dans un premier temps de tester la navette
Enterprise lors des vols libres (ALT : Approach and Landing Testt) qui validera
le retour sans moteur, en planant, de la future navette spatiale.
Au début du lancement du
programme navette spatiale en 1972, on pense que celle-ci peut décoller et
revenir par ses propres moyens (un des premiers concepts faisait basculer les
moteurs dans la soute pendant le vol spatial après le décollage, puis les faisait
ressortir pour atterrir).
Dès 1973, le schéma type d'une
navette spatiale et de sa mission étaient établis, la faute surtout à un budget
insuffisant pour les rêves des ingénieurs de la NASA. La navette spatiale
décollerait à l'aide de deux boosters et d'un réservoir extérieur largables et
reviendrait se poser en planant.
Il fallait dont prévoir de
quoi transporter la navette d'un point à un autre au cas où elle se poserait
ailleurs qu'au KSC (Edwards et White Sands) et surtout pour tester le concept
de retour plané, bien que le programme Lifting Body ait déjà apporté pas mal de
réponses à cette problématique.
Nous sommes dans une période
''de vaches maigres'' pour la NASA et un ingénieur de la NASA, John Kiker, va
trouver une solution originale.
John W. Kiker est né le 4 août
1925 à Wadesboro en Caroline du Nord. C'est un passionné d'aviation (il avait
un avion avant d'avoir une voiture) et était instructeur sur le mythique
bombardier B-25 à la sortie de la seconde guerre mondiale. C'était un pilote
chevronné, tant d'avions militaires que civils.
A la fin des années 50, il
entre à la NASA et va travailler d'abord sur les parachutes de Mercury,
Gemini et Apollo. Il a participé
également à la construction de la fameuse ''couverture'' de Skylab conçue par
Jack Kinzler.
Au milieu des années 1970,
John W. Kiker est à Houston en tant que (je vous mets sa fonction exacte) :
Chief, Mecanism Branch,
Spacecraft Design Division,
Program Development Assistant Directorate,
Engineering and Development
La solution de John Kiker est
de faire du ''ferroutage (plutôt de l'airroutage'') en utilisant un
avion-porteur. Et autant vous dire qu'à l'époque, l'idée paraissait complément
dingue et il y a eu beaucoup de scepticisme pour cette proposition.
Et oui, nous sommes tellement habitués à cette image d'un Boeing portant une navette, qu'on ne peut imaginer que cette idée a quasiment failli ne jamais voir le jour tellement elle paraissait dingue à l'époque.
Mais Kiker s'obstine à croire
dans son idée, et réussit à convaincre Max Faget (1921-2004), le ''papa'' de
Mercury et un des pères de Gemini, Apollo et de la navette spatiale.
Kiker s'entoure des meilleurs
aérodynamiciens de la NASA, notamment ceux de Langley dont Owen Morris
(1927-2014) et travaillent sur deux avions en particulier : le Lockheed C-5
Galaxy et le Boeing 747.
Ces deux avions ont la
capacité structurelle de porter une navette sur leur dos et répondent quasiment
identiquement aux critères aérodynamiques voulus par Kiker. C'est même le C-5
qui a d'abord les préférences de Kiker car l'avion aurait pu venir de l'US Air
Force et donc à moindre coût.
Pour que les conditions de vol
avec une navette spatiale soient les plus satisfaisantes possibles, il a été
convenu que la navette aurait un cône arrière qui protégerait les moteurs de
celle-ci afin d'éviter de les démonter à chaque fois. Un gain de temps et aussi
d'argent.
Un cône a donc été construit et testé avec une mise en place sur le dos de chaque appareil. Et il avait été prévu aussi que les trois premiers tests ALT de la navette Enterprise soient avec ce cône.
A là, on s'aperçoit que la dérive du C-5 est très gênante pour le largage. Ce sera donc le Boeing 747 qui est choisi.
Mais avant de valider le
concept et pour faire taire ''les sceptiques'', John Kiker va effectuer une
série de tests avec ... des modèles réduits radiocommandés !
Spacecraft Design Division,
Program Development Assistant Directorate,
Engineering and Development
Et oui, nous sommes tellement habitués à cette image d'un Boeing portant une navette, qu'on ne peut imaginer que cette idée a quasiment failli ne jamais voir le jour tellement elle paraissait dingue à l'époque.
Un cône a donc été construit et testé avec une mise en place sur le dos de chaque appareil. Et il avait été prévu aussi que les trois premiers tests ALT de la navette Enterprise soient avec ce cône.
A là, on s'aperçoit que la dérive du C-5 est très gênante pour le largage. Ce sera donc le Boeing 747 qui est choisi.
Il construit, avec Owen
Morris, à Houston une première maquette de navette spatiale au 1/40ème qu'il
place sur le dos d'un Sterling Gazariator (un modèle réduit télécommandé d'avion
léger) et effectue plusieurs tests d'atterrissages et de décollages, tous avec
succès.
Puis il construit un Boeing
747 à partir d'une boite en balsa avec de la mousse et le tout recouvert de
fibre de verre. Les ailes sont deux morceaux de mousse recouverts de balsa et
de MonoKote (un film plastique qui durcit à la chaleur).
Le train d'atterrissage, qui
est rétractable, et les pompes à carburant viennent du fabricant de modèles
réduits Carl Goldberg Modeling Inc. Ce dernier, d'ailleurs, ne manqua pas
l'opportunité de se faire de la publicité avec ce projet de Mini-ALT.
Fin avril 1976, tout est
presque prêt. Il faut un peu plus d'un mois pour peaufiner le premier vol qui a
lieu avec succès, sur l'aéroport d'Ellington à Houston (au pied du Johnson
Space Center) le 2 juin 1976 devant les responsables de la NASA.
Le vol se déroule à la perfection. La séparation se fait normalement et les deux appareils reviennent sur le sol en parfait état, démontrant la faisabilité du projet.
Le vol se déroule à la perfection. La séparation se fait normalement et les deux appareils reviennent sur le sol en parfait état, démontrant la faisabilité du projet.
Un deuxième vol a lieu le 19
août, toujours à Houston et c'est aussi un succès.
Les deux modèles se trouve
aujourd'hui au National Model Aviation Museum à Muncie dans l'Indiana (très très
beau musée).
John W. Kiker recevra le
surnom de '' $19 million man'' car c'est la somme, énorme à l'époque, que la
NASA a permis d'économiser sur cette partie du programme Navette Spatiale.
John W. Kiker nous a quitté le
6 mai 2005 à l'âge de 79 ans.
Happy Collecting !
Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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