jeudi 12 janvier 2023

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00573 / Patch pour le 2 000ème lancement depuis la base de Vandenberg


Un Jour - Un Objet Spatial n° 00573
Vandenberg Space Force Base
Patch 2 000ème lancement 1958-2021

Le 27 septembre 2021 à 11h11, une Atlas V 401 décolle depuis la base de Vandenberg en Californie pour mettre en orbite le satellite d'observation de la Terre Landsat 9. C'est le 2 000ème lancement effectué depuis cette base depuis décembre 1958 !

Un patch spécial et rare a été confectionné pour commémorer ce 2 000ème lancement.
Le premier lancement depuis la Vandenberg Air Base (aujourd'hui Vandenberg Space Force Base) date du 16 décembre 1958 avec le tir d'un Thor PGM-17A qui était un missile IRBM (Intermediate-Range Ballistic Missile).
Si au début de son histoire, la base de Vandenberg s'occupait beaucoup de lancements militaires, principalement de missiles, l'offre s'est étoffée et les lancements militaires et gouvernementaux côtoient les lancements privés et civils (tel que SWOT en décembre dernier par exemple, avec une Falcon 9 de SpaceX).

Le patch montre les principaux lanceurs spatiaux utilisés depuis 1958 (les missiles en tant que tels ne sont pas représentés sur le patch semble t-il) - de gauche à droite si je n'ai pas fait d'erreur :  Thor-Agena / Titan / Titan / Atlas V / Delta IV / Delta IV Heavy / Falcon 9.
2K LAUNCHES = 2 000 lancements.

Au centre se trouve le logo  du Space Launch Delta 30 (SLD 30). Le SLD 30 appartient à l'US Space Force (branche spatiale de l'US Air Force créée en 2019) et, affecté au Space Systems Command, est responsable de toutes les opérations de lancements spatiaux depuis la côte ouest des Etats-Unis (incluant donc les lancements polaires).

Jusqu'en 2021, le SLD 30 s'appelait le 30th Space Wing créé en novembre 1991, qui succédait au Western Space and Missile Center (1979-1991), qui succédait lui-même aux différents organismes de l'US Air Force chargés de gérer les lancements spatiaux et de missiles depuis 1958.

Le logo est un Delta qui représente une des branche de l'US Space Force - chaque Delta représente doc une spécificité et se trouve affecté sur une base (je sais, c'est un peu compliqué 😁) - Le Delta 30 est donc un ensemble de groupements qui se trouve sur la base de Vandenberg dont le Space Launch Delta 30 ! Les couleurs bleu et jaune (bordure) sont les couleurs de l'US Air Force et représentent le ciel et le Soleil. Et les deux lanceurs représentent les lancements spatiaux et les lancements de missiles, avec une rose des vents indiquant les quatre coins cardinaux du globe : la moitié de la branche ouest est dorée pour indiquer que c'est Vandenberg et que c'est au-dessus de l'équateur.
Enfin, les trainées rouges font allusion aux couleurs du drapeau américain (rouge, blanc, bleu).
 
Happy collecting !

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Autres crédits et sources : US Space Force

mercredi 11 janvier 2023

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00572 / Astronomie - Lune - Humour grivois début 20ème siècle


Un Jour - Un Objet Spatial n° 00572
Astronomie - Lune - Humour grivois
Les Effets de Lune
Série de cartes postales du début du 20ème siècle

Voici une série de 4 cartes postales qui se voulaient grivoises, humoristiques au début du 20ème siècle. Ce qui semblait acceptable à une époque ne l'est plus aujourd'hui. N'empêche que cette série a été très populaire à l'époque, et raconte une ''certaine histoire de l'astronomie''.

Je ne vais pas m'étendre sur le sujet - les exemplaires que j'ai datent entre 1903 et 1909, et il y a eu plusieurs tirages, certains étant vraiment plus colorés que d'autres. Quand à l'éditeur, certaines sont marquées sur le devant avec un monogramme FL et un logo d'insecte, et d'autres ne possèdent aucune indication d'éditeur. Elles également servi comme carte-souvenir de certaines villes.

La série est déclinée en 4 carte :

- Les Effets de Lune - jeune Lune, 1er Quartier
- Les Effets de Lune - 2e Quartier - ça promet
- Les Effets de Lune - 3e Quartier - ça tient
 - Les Effets de Lune - 4e Quartier Pleine Lune - ça dépasse toutes les espérances



C'est une série assez difficile à réunir et pas facile à trouver en bon état, car elles ont apparemment beaucoup été utilisées - j'en ai trouvé très peu neuves, n'ayant jamais servies.

Happy Collecting !

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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mardi 10 janvier 2023

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00571 / 1962 - Astrophilatélie - Album de timbres spatiaux URSS


Un Jour - Un Objet Spatial n° 00571
Album de timbres spatiaux URSS 1962
Astrophilatélie
Depuis la fin des années 1950, la philatélie thématique spatiale (dont fait partie l'astrophilatélie qui est une discipline spécifique) a beaucoup de succès auprès des collectionneurs, et bien sûr, tout ''est bon'' pour les attirer vers l'achat, les négociants, les administrations postales, des personnes peu scrupuleuses, l'ont bien compris.

La philatélie, par les émissions légales, reflètent un pays. Et le timbre a servi, sert encore, d'outil de propagande pour tous les pays. Et oui, il n'y a pas que les dictatures, les régimes autoritaires qui font de la propagande. De part certains sujets, tous les pays en font, que ce soit pour promouvoir un régime, des valeurs, un savoir-vivre, etc... Une émission de timbre ne doit rien au hasard - pour être accepter, un sujet pour un timbre doit répondre à certains critères, et après seulement, on passe à la création du timbre.

Pour en revenir à notre Un Jour - Un Objet Spatial, il s'agit d'un petit album de timbres édité en URSS (la Russie maintenant). Il a été édité en 1962 par le Bureau Principal de la Philatélie du Ministère de la Culture de la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie - RSFSR - la plus importante des 15 républiques formant l'URSS d'alors.
Et le thème est bien sûr très accrocheur, très propagandiste : le Cosmos (comme on le disait en URSS) !

La thématique spatiale a été un des grands thèmes de propagande soviétique depuis Spoutnik. Chaque lancement réussi, non-habité et habité, avait le droit à sa propre émission philatélique. Il y avait beaucoup de clubs philatéliques à thématique spatiale dans les années 1960 (notamment celui de Kalouga, ville de naissance de Konstantin Tsiolkovski, qui était très actif).
Mais ces émissions philatéliques étaient plutôt destinées pour l'extérieur de l'URSS, il y avait très peu de courrier personnel intérieur à l'époque. Ces timbres servaient surtout à montrer le savoir-faire et la supériorité de l'URSS aux collectionneurs du monde entier. Et chaque collectionneur spatial les voulait ! Si au niveau propagande pure, à savoir influer sur les mentalités et la façon de penser pour se rallier aux thèses communistes, l'effet était et a été très très limité, on peut dire par contre qu'au niveau financier, tous les objectifs ont été atteints ! On trouve très facilement les timbres spatiaux soviétiques dans toutes les collections spatiales (on en reparlera bientôt).
Et le succès de ces timbres fut tel, que les autorités soviétiques ont conçu, au début via des ministères comme ici, puis plus tard créèrent une société d'état spécialement pour vendre ces timbres et souvenirs philatéliques (Kniga, on y reviendra aussi bientôt).

Bon, je reviens à l'album sinon je vais me perdre en route 😊

Il s'agit d'un petit livret de 4 pages intérieures avec une couverture illustrée, sur un papier peu épais (et non cartonné comme on en trouve pour des années ultérieures) - ce qui explique les très peu d'exemplaires en bon état que l'on peut trouver aujourd'hui.
Les 4 pages, la couverture et le dos sont agraphés.

Sur la couverture, il n'y a aucun doute que c'est un album de timbres (Timbres pour la collection thématique est marqué dessus) et il n'y a aucun doute aussi quant au thème choisi : c'est une allégorie  au voyage cosmique - des allégories de même type se retrouvent sur des timbres et des documents de propagande depuis Spoutnik.
Le titre Aux étoiles confirme le thème.
En haut, il est inscrit Gloire à la grandeur de la science soviétique !
Le dessin est en nuances de gris sur un fond de ciel bleu étoilé avec une seule couleur de bordure : le rouge ! On y voit également un texte en anglais : Le chemin des étoiles - timbres ! Ce qui laisse à supposer, même très largement supposer, que cet album était destiné à des collectionneurs étrangers - d'ailleurs, son chiffre de tirage au dos le confirme : 25 000 exemplaires !
On y apprend, toujours au dos, que l'album a été imprimé à Sverdlosvsk, aujourd'hui Ekaterinbourg, en Sibérie occidentale (Oural). L'artiste de la couverture est E. Gundobin, célèbre artiste de la propagande soviétique des années 1950-1960. On lui doit beaucoup d'illustrations de cartes postales, notamment spatiales, reprises dans le monde entier, comme ici en France :
Voici donc un objet philatélique de propagande par excellence ! L'album était vendu 1 rouble 33 kopecks (1 rouble = 100 kopecks) avec 51 timbres et 1 bloc oblitérés (d'ailleurs, cela est marqué au dos, en haut à gauche, au-dessus du prix.

A l'intérieur, les quatre pages sont donc remplies de timbres. Il s'agit uniquement de timbres à thématique spatiale émis entre 1957 et 1962, mais il en manque quelques us pour être complet.
Les timbres ne sont pas collés à même les pages mais tiennent grâce à des charnières (petites languettes autocollantes très en vogue depuis le début du 20ème siècle, qui laissent en partie la gomme intacte des timbres - la partie qu'on humecte pour coller).

Les timbres ne sont pas présentés dans l'ordre d'émission mais voici un petit descriptif, de gauche à droite et de haut en bas :

(Page 1)
- 13 avril 1961 : Gagarine (un timbre sur la série de 3 - un 2ème sur la page 2)
- 1961 : timbres sur timbre spatiaux et Lenine
- 15 septembre 1961 : Titov (un timbre sur la paire - le 2ème page 4)
- 14 août 1962 : Nikolaïev et Popovich (série de 3 timbres)
- 12 avril 1962 : 1 an Gagarine (paire)
- 24 novembre 1962 : Bloc des 4 premiers cosmonautes
(page 2)
- 13 avril 1960 : Luna 3
- 17 juin 1960 : Spoutnik 4
- 1961 : Ordre de Lenine et vaisseau cosmique
- 3 janvier 1959 : Luna 1
- 13 avril 1960 : Luna 3
- 7 avril 1961 : Venera
- 13 avril 1961 : Gagarine (un timbre sur la série de 3 - un 1er sur la page 1)
- 7 avril 1961 : Venera
- 1er novembre 1959 : Luna 2
- 29 avril 1962 : Cosmos 3
- 1er novembre 1959 : Luna 2
- 1959 : fusée
- 1961 : Allégorie exploration spatiale
- 25 juin 1959 : Lunik 1 / Exposition New York
(page 3)
- 31 octobre 1962 : Vostok à Vostok 4
- 17 novembre 1962 : Mars 1
- 31 octobre 1962 : Vostok à Vostok 4
- 7 août 1962 : un an Titov
- 1962 : Allégorie cosmique (celle de la couverture)
- 8 juin 1961 : 4ème vaisseau cosmique 
- 7 août 1962 : 1 an Titov
- 29 septembre 1960 : Spoutnik 5
- 8 juin 1961 : 4ème vaisseau cosmique
- 29 septembre 1960 : Spoutnik 5
- 1961 : fusée au décollage
- 1961 ; fusée 
- 30 décembre 1957 : Allégorie Spoutnik 2
(page 4)
- 1961 : Gloire Révolution d'octobre et fusée
- 4 octobre 1957 : 5 ans Spoutnik
- 15 septembre 1961 : Titov (un timbre sur la paire - le 1er page 1)
- 1er janvier 1961 : Allégories URSS dont fusées (série de 9 timbres)
- 1961 : 25 ans Constitution URSS et fusée
- 1960 : Gloire Révolution d'Octobre - fusée
- 7 mai 1958 : Spoutnik

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les albums complets de ce type et de l'époque en bon (très) bon état sont rares - ce sont des objets fragiles (ils étaient agraphés ne l'oublions pas), et ils avait un tirage très très restreint : 25 000 exemplaires !

Happy Collecting !
Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Un Jour - Un Objet Spatial n° 00570 / Livre 1970 - Pionniers du Cosmos par Henri Thilliez

 (en cours de publication)

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00570
Pionniers du Cosmos par Henri Thilliez
1970 - Bibliothèque verte 437

Voici

Happy Collecting !

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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jeudi 5 janvier 2023

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00569 / Petite histoire de l'Observatoire Janssen au Mont Blanc avec quelques cartes postales


Cliquez sur les photos pour les agrandir

Un Jour - Un Objet Spatial n° 00569
Observatoire Janssen au Mont Blanc
Quelques cartes postales et documents

'' Quelle station que cette cime ! Quels levers, quels couchers, quelles nuits ! ''
                                                                                                                   Jules Janssen

Le saviez-vous ? 

Le sommet du Mont Blanc a été occupé par un observatoire astronomique opérationnel entre 1895 et 1909.
C'est l'astronome français, Jules Janssen (1824-1907) qui en est à l'origine et c'est pourquoi il porte son nom. Et cette année, cela fera 130 ans que sa construction commençait.

Je ne vais pas revenir sur l'extraordinaire carrière de Jules Janssen et de ses apports inestimables à l'astronomie (spectrographie, révolver astronomique, création de l'Observatoire de Meudon, etc.... - il a même quitté le Siège de Paris en ballon-monté pour assister à une éclipse totale du Soleil à Oran : voir ici). Il a été Président de la Société Astronomique de France (SAF) de 1895 à 1897, et, depuis 1897, la SAF honore un astronome français ou étranger par le Prix Jules Janssen, qui est le plus célèbres des prix décernées par la SAF : https://saf-astronomie.fr/prix-janssen/ ).
Vous trouvez une très bonne biographie de Jules Janssen et de ses travaux ici :
Jules Janssen est une véritable célébrité en France à son époque, et il servira ''de support publicitaire'' comme ici, où il est une des 84 figures de la collection de cartes promotionnelles Les bienfaiteurs de l'humanité (fin 19ème siècle) - ici pour le chocolat Guérin-Boutron (mais ces cartes existent pour d'autres marques) ou pour le vin-liqueur Mariani, très en vogue aussi à la fin du 09ème, et qui avait édité, en plusieurs volumes, une collection d'autographes imprimés de personnages historiques de l'époque (avec de très belles gravures comme portraits).
Je vous fais un résumé rapide de l'histoire de cet observatoire dont j'avais appris l'existence en trouvant une carte postale il y a quelques années en visitant le Musée Alpin de Chamonix. Et puis, j'en ai trouvé d'autres, des anciennes. C'est surtout pour le plaisir de vous présenter cet observatoire hors du commun au travers de quelques cartes postales (et autres documents) 😉

Cet article n'est bien sûr pas exhaustif, et que ''pour seule prétention'' de vous montrer qu'on peut raconter l'histoire d'un lieu, d'un événement, au travers d'objets - je ne suis pas historien j'essaie ici de vous raconter cette formidable histoire au travers de documents que j'ai récupérés au fil des années. Et l'opportunité m'est donnée ici d'en montrer une partie pour ce sujet 😉

Dès qu'on a pu accéder au sommet du Mont Blanc (par Jacques Balmat et Michel Gabriel Paccard en 1786), les scientifiques ont compris quels avantages ils pouvaient en tirer.

Ce n'est pas le premier observatoire installé sur la route du Mont Blanc, le scientifique Joseph Vallot (1841-1925) y avait installé ''une cabane'' observatoire météorologique à 4 520 mètres d'altitude au début des années 1890. L'observatoire Janssen, essentiellement dédié à l'astronomie, viendra en complément de cet observatoire  (une construction sur un flanc de montagne ou de colline n'est pas l'idéal pour l'astronomie).
Mais l'observatoire Janssen était plus ambitieux, puisqu'il se trouverait au sommet du Mont Blanc - à l'époque mesuré à 4 810 mètres d'altitude. Il a été très en avance sur son temps, malgré une utilisation courte (10 années).

Le 13 octobre 1888, âgé de 64 ans, Jules Janssen, directeur de l'observatoire de Meudon, effectue sa première ascension aux Grands Mulets situés à 3 050 mètres d'altitude - Ne pouvant faire l'ascension seule à cause d'un handicap (il claudique depuis l'enfance suite à un accident), il l'effectue avec une chaise échelle (avec repose pieds) de son invention accompagné de guides porteurs de Chamonix.
Il s'y rend pour continuer des observations du spectre solaires qu'il avait commencés au Pic du Midi. Cette chaise spéciale est la réunion de deux brancards et d'un siège suspendu au milieu, et peut être portée par 4 ou 6 porteurs. Un traineau de transport est utilisé pour aidé à ce déplacement.
Il existe une célèbre photo, prise par l'alpiniste anglais Edward Whymper (1840-1911) qui montre Janssen et sa chaise échelle. La revue La Nature publiera un dessin tirée de cette photo dans son numéro du 19 octobre 1895.
(Photo d'Edward Whimper - éclaircie et retouchée par mes soins)
(1895 : revue La Nature du 19 octobre)
Fort de cette première expérience, il décide d'aller plus haut et d'atteindre le sommet du Mont Blanc. Il repasse aux Grands Mulets avec sa chaise échelle, puis par l'Arête des Bosses en traineau. Il atteint le sommet le 18 août 1890, il à 66 ans. Il fait des études spectroscopiques, et c'est là qu'il imagine un projet d'observatoire au sommet du Mont Blanc. Pour lui, en tirant partie de (ou grâce à) l'altitude du Mont Blanc, on pouvait avoir des études exceptionnelles de spectrographies des atmosphères planétaires et solaire pouvant nous renseigner sur leurs compositions chimiques.

Il s'occupe de ce projet dès son retour, obtenant déjà un accord de Gustave Eiffel pour une coupole d'acier. Mais le projet de coupole est ambitieux, trop ambitieux, car l'ancrage doit se faire à plus de 10 mètres de profondeur dans la roche, et après des sondages infructueux en 1891 par un ingénieur suisse à la demande d'Eiffel, ce projet est abandonné (impossible d'effectuer des ancrages dans la roche).

Janssen ne se laisse pas abattre et imagine une construction de l'observatoire directement posé sur la neige.

Un petit édicule en bois avait été posé sur le sommet à la fin 1891, mais surtout, il avait été posé pour voir comment ''il allait tenir'' dans les conditions extrêmes de l'environnement au sommet. L'observatoire Janssen sera construit juste à côté. Ne pouvant forer pour installer des assises solides, comme nous l'avons vus plus haut (raison pour laquelle Eiffel déclina finalement le projet), il fallait en effet voir les effets des glissements de neige et de la pression exercée par celle-ci, pour le futur observatoire qui serait ''posé'' à même le sommet.
(revue La Nature, 1891)

L'année 1892 se passe à faire des tests de résistance des matériaux de l'observatoire à l'Observatoire de Meudon, qui est dessiné par l'architecte Audremer.
(1892 : photo de la revue Les Progrès de l'Astronomie - Evolution des Mondes
1893 : dessin de la revue La Nature du 7 octobre
)
L'observatoire a une ossature en bois recouverte de plaques de tôles de la marque Kosmos. Cette double paroi protège, quelque peu, du froid.
Pour sa stabilité, il est enfoncé pour moitié dans la neige et a 4 vérins, accessibles par trappes, pour pouvoir compenser l'inclinaison - il possède deux étages donc avec un escalier en spirale, et il possède une petite terrasse d'observation, avec sa tourelle d'observation très caractéristique. On a même comparé l'Observatoire Janssen a un paquebot des glaces.
Le premier étage, sorte de pyramide tronquée de 10 x 5 m, et 7 m de haut, est donc enfoui sous la neige durcie, avec juste des baies pour éclairer les pièces et qui sont munies de volets hermétiques.

Le poids total s'élevait aux alentours de 15 tonnes !

Entièrement construit et testé à Meudon, l'Observatoire est ensuite entièrement démonté pour être transporté.

Les pièces de l'Observatoire sont d'abord emmenées en chemin de fer à Chamonix, puis les pièces détachées sont montées aux Rochers Rouges (4 500 mètres d'altitude) à dos d'homme, de traineau. Près de 700-800 rotations (par porteur) seront nécessaires. Un chalet provisoire a été construit.
Au Grand Rocher Rouge (aussi à 4 500 mètres), là aussi, un chalet provisoire est construit pour habiter les ouvriers.
Les porteurs étaient payés au kilo transporté - certains battirent des records portant jusqu'à 3 fois ce qui était communément fait pour l'accompagnement de voyageur (donc aux alentours de 10 kg par porteur en tant normal).
Janssen imagina lui-même des instruments (comme des treuils spéciaux) pour faciliter le transport des très grosses charges.

Pour l'année 1893, c'est d'abord la récupération des pièces déposées l'année précédentes : on les retrouvera sous 8 mètres de neige !
C'est aussi la montée des grosses pièces de charpente de l'observatoire.

Le 11 septembre 1893, c'est la deuxième ascension de Janssen au Mont Blanc (à 69 ans) par les Grands Mulets (en siège échelle), le Corridor, le mûr de la côte, et les Rochers Rouges (en traineau). Il continue pour faire des observations de spectrographie solaire.
La Nature du 7 octobre 1893

1894 Continuation de la construction : Articles de L'Illustration du 21 juillet 1894
1895 voit la mise en service de l'observatoire avec quasiment l'achèvement des travaux commencés en 1892, et avec plusieurs installations d'appareils de mesures (météorographe mécanique à longue marche Richard avec 8 mois d'enregistrement continue, thermomètre, hygromètre, anémomètre...
(1894 : revue La Nature)
Jules Janssen (71 ans) fait sa 3ème et dernière ascension au Mont Blanc (toujours en chaise échelle et traineau). Il arrive à l'Observatoire le 11 septembre - celui-ci est inauguré le lendemain.

L'Observatoire Janssen est ''une véritable star'' à l'époque - de nombreux journaux en parlent et de très nombreuses cartes postales témoignent de cette célébrité !
(Les Annales du 4 septembre 1898)
Malgré tout, il reste très rustique quand même, et on peut dire que le confort n'était absolument pas la priorité des chercheurs qui l'utilisaient. Il existe peu de documents de l'intérieur. Sur les très rares documents existants, on y voit juste une sorte de fourneau pour la cuisine et des planches et caisses servant de table. Les séjours sur place étaient de toutes façon courts : le record est de 13 jours pour un même scientifique !

En 1896, on installe une grande lunette polaire de 33 cm de diamètre (2 verres et optiques des Frères Henry de Paris et le miroir du sidérostat de 70 kilos). Au foyer de la lunette, un oculaire micrométrique et des plaques de photographies. Mais il faut avouer que le manque de stabilité de l'Observatoire (sur vérins, rappelez-vous) n'a pas permis l'utilisation de la lunette dans des conditions optimales.
Celle-ci fut complété, en 1906, par un spectrographe (construit par l'astronome Millochau, lui aussi cde Meudon).
En 1897, tentative d'une nouvelle ascension par Janssen, mais blessé par une chute à l'Observatoire de Meudon, il n'y participera pas et dirigera l'expédition depuis Chamonix.

Le numéro du 1er septembre 1898 consacre un article à l'Observatoire, à son histoire et à JulesJanssen.

En 1899, on fait des essais de télégraphie à fils dénudés sur la glace (10 km de câbles entre les Grands Mulets et le Mont Blanc).
(Almanach Vermot 1899 à la date du 3 juillet)

1904 voit une tentative de photographie de la colonne solaire hors éclipse et l'installation d'un spectrographe au foyer de la grande lunette.
(gravure dans Almanach Nodot de 1906)
En 1906, on construit un abri séparé pour les touristes, et des travaux de nivellement du site de l'observatoire.

En 1907, un acte de vandalisme est commis contre l'Observatoire, ce qui contribuera à sa dégradation.

Le 23 décembre 1907, Jules Janssen s'éteint à Meudon à 83 ans. Sa disparition va ''accélérer'' la fin de l'Observatoire, qu'il tenait, on peut le dire, à bout de bras. Sans son créateur, son initiateur, il était difficile de le préserver. N'oublions pas que c'était un projet hors du commun qui n'existait que par la volonté et la ténacité d'un homme. Envers que contre tout.
Sa fille Antoinette, qui fût aussi son assistante, en témoigne dans cette carte datée de décembre 1906 (adressée à la femme de l'astronome Georges Le Cadet).

En 1909, conformément aux prévisions de Joseph Vallot, les glaciers, crevasses, glace et neige finissent par disloquer les restes de l'édifice qui cède sous la pressions combinée de ces éléments extérieurs. L'Observatoire avait glissé et s'était enfoncé dans la neige au cours des années. Il basculera du côté italien.

Seule la tourelle en bois a été préservée et elle se trouve au musée alpin à Chamonix. Une partie du matériel scientifique avait été récupéré auparavant par les équipes de Joseph Vallot et l'Observatoire démantelée en partie.

Pour la forme et les dimensions de l'observatoire Janssen, rien de telles que quelques cartes postales pour se faire une idée de cet incroyable bâtiment au sommet du Mont Blanc.

Lors de son exploitation, l'Observatoire Janssen a accueilli en moyenne 5 expéditions scientifiques par an pendant 10 ans, soit 50 expéditions entre 1896 (installation de la grande lunette) et 1906. Et ce sont donc environ 25 chercheurs (accompagnés de porteurs et assistants), principalement des astronomes, qui y montèrent pour : 

- de l'astronomie (étude de la lumière zodiacale / spectre solaire en invisible, ultraviolet et infrarouge / imagerie Vénus et Mercure / actinométrie / études de la couronne solaire sans éclipse, etc....).
- de la biologie (hyperglobulie d'altitude / études bactériologiques de la glace et de la neige, ...).
- de la météorologie (observations en continue de l'hygrométrie, pression, température, direction et vitesse du vent / ozone et électricité atmosphériques, ...).

Quoique ''décrié'' en son temps (surtout du fait de sa destruction très rapide, l'Observatoire Janssen était certainement  un projet très, trop ?, en avance sur son temps .

On trouve encore assez facilement des cartes postales montrant l'Observatoire (la plupart en N&B). Chamonix a profité de la célébrité de l'Observatoire et de nombreux éditeurs de cartes postales du coin, mais aussi de Suisse, ont régulièrement publié des cartes, même bien longtemps après la disparition de l'Observatoire (j'ai des cartes datées des années 1930 qui prouvent qu'on les vendaient encore aux touristes). En rassemblant beaucoup de cartes postales, j'ai remarqué que si les vues pouvaient être identiques (en général, le numéro catalogue de la photo est inscrit), on trouve de subtiles différences dans le recadrage, l'impression (N&B et couleur), inscriptions, etc...

J'aime bien essayé de trouver des cartes datant jusqu'à 1909, avec si possible le timbre et/ou cachet sur le côté vue. Les cartes n'ayant pas voyagées (donc neuves) sont bien sûr, le plus souvent, en bien meilleur état que celles qui ont voyagées.

Quelques exemples, qui montrent bien l'Observatoire Janssen.
Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
             Space Quotes - Souvenirs d'espace
Note : La revue La Nature, fondée en 1873 par Gaston Tissandier, m'a fourni de nombreuses informations et illustrations pour cet article - j'ai la chance de posséder la plupart des numéros de 1880 à 1910
Sources : SAF, LESIA, Musée Alpin de Chamonix
               Un globe-trotter de la physique céleste par Françoise Launay